RELAPSE - Jeanne d'Arc et quelques autres à la guerre - film de 2h40, en noir et blanc et couleur

 

Relapse est un long métrage de cinéma réalisé par LFKs pour et avec les étudiant.e.s de la deuxième promotion des deux campus de Sup de Sub - Mark Hubbard (campus Issa Samb et campus Jean-Paul Curnier). Il a été tourné en 5 semaines entre mars et avril 2022 dans le Morvan, à Marseille et à Santa Severa, en Corse. Commencé au premier jour de l’invasion russe de l’Ukraine, le film convoque le personnage de Jeanne d’Arc et différentes figures légendaires de l’héroïsme et de l’engagement. Par des textes originaux et des emprunts divers (Colette Beaune, Simone de Beauvoir, René Char, Marcel Cohen, Che Guevara, Roger Gilbert-Leconte, Pierre Guyotat…), il évoque l’entrée de la Guerre dans le quotidien des gens, les martyrs, rappelle les liens entre guerre et croyances. Relapse (2h40, N&B et couleurs) a été montré à la MC93, scène nationale de la Seine-Saint-Denis à Bobigny, sous un premier montage en mai 2022, puis à Marseille, au cinéma le Gyptis en mai 2023 puis au théâtre national de la Criée, dans la cadre du Festival de Marseille le 1er juillet 2023. En tournage, comme en post-production, les étudiant.e.s des deux campus ont été invité.e.s à s’engager et contribuer autant qu’ils et elles le voulaient et à tous les postes (dialogues, acting, caméra, son, lumière, maquillage, costumes, décors, musiques, post-synchro, post-production son…). La construction du film a été pensée par LFKs pour à la fois intégrer et se déduire de ces prises d’initiatives.

 

DISTRIBUTION

 

⇒   Les personnages centraux :

JEANNE : Sarah Saïdi ; Sara Cletz ; Olivia Tourret [voix] ; Kerenza Marin [voix]
ERNESTO GUEVARA : Gaby Boschero ; Basile Sommet ; Yanick Abderremane [voix]
CHRISTINE DE PIZAN : Jilliana Espinasse
BERNADETTE SOUBIROUS : Sarah Brehamel
JEAN-PIERRE SUSINI : lui-même

⇒   Les Voix parlant à Jeanne :

L’ARCHANGE Mikaïl ( ميكائيل ) : Alla Bouchoucha
CATHERINE D’AIX : Rosalie Sinsou
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Sidonie Bey
MARGUERITE D’ANTIOCHE : Mathilde Lebrun
SUSANNA RONCONI : Kerenza Marin

⇒   Les compagnons d’armes :

LOUIS D'AMBOISE : Louis Paul
ANDRÉ DE RAMBURES : Zinedine Benaïcha
CHARLES DE BOURBON : Yannick Fontaine
THIBAULT D’ARMAGNAC : Kirill Reitenbach
ARTHUR DE BRETAGNE : Yvon Levesque
CHARLES D’ALBRET : Ylies Amara
JOHN WISHART : Théo Laurent
ROBERT LE MAÇON : Kevin Bereski
GIAP LE JEUNE : Hermann Lo
TUGDUAL DE KERMOYSAN : Nathan Bernis

⇒   Les combattant.e.s cubain.e.s :

ABDALLAH : Deynis Pannekoucke
BAATI : Salomé Chanfreau
CHANGA : Olivia Tourret
NANE : Cheick Ba
FAUME : Yanick Abderemane
SIKI : Silvino Almeida Silva
REBOKATE : Makram Teulière

⇒   Les combattant·e·s de la section Lambert :

CHEF de la SECTION LAMBERT : Hugo Attissoh
SOLDAT 1 : Mbaye Konté
SOLDAT 2 : Momo Touré

⇒   Les combattant·e·s, résistant·e·s historiques :

CLAUDE DES ARMOISES : Sebastiana Brindusa ; Rosalie Sinsou
GERONIMO : Nicolas Moussio ; Matthias Sem
NASSRIN ABDALLA : Naïla Aboubeker
NATHALIE LEMEL : Lilou Kerinec
GABRIELA SILANG : Majda Jraifi
SUZANNE BÉLAIR : Aminata Fofana

⇒   Le recteur de l’université de Paris :

THOMAS DE COURCELLES : Théo Laurent

⇒   Les membres des procès :

Arthur Boullet
Bettina Pascal
Clémence Koité
Florian Faure-Gignoux
Henry Hemar
Isaac Rameau
Luca Vacchetta
Maria-Laura Stefanovich
Rayleigh Lopès
Yael Desjardins

 

 
 
DIALOGUES DE RELAPSE

NOIR

R E L A P S E
Et la guerre revient toujours

NOIR

PREMIER PROLOGUE - de la cabane de curiosités

SCÈNE du REPOS DES VOIX ⇒ Devant :

SOLDAT 1 : Il nous reste combien de temps ?
SOLDAT 2 : Je ne sais pas. 
SOLDAT 1 : J’ai faim. J’espère qu’on va pas durer encore des heures.
SOLDAT 2 : Ça va, les heures c’est pas des jours.

SCÈNE du REPOS DES VOIX ⇒ Dedans :

JEANNE : Je veux quelqu’un de triste avec moi, mais je ne trouve pas.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Jeanne / Prends du genre comme on s'arme / Je suis ta bête mère.
SUSANNA RONCONI : Et la petite fille qui accueille les morts venant dans un ventre lisse.
MARGUERITE D’ANTIOCHE : Tu poses les mains à plat sur le cul d’un missile et tout le monde est touché.
CATHERINE D’AIX : Prise entreprendre et laisser.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Entre le sexe et la guerre / Petite morte petite porte voie étroite, quel échange ! Laisse les biens pour de bon, laisse l’amour à ses frontières.
CATHERINE D’AIX : Ne succombe pas sans la guerre. 
NASSRIN ABDALLA : Ressors.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Tiens bon !

SECOND PROLOGUE - du feu

NOIR

P A R T I E  1 - des révoltes

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † - Partie 1

JEANNE :
Sur tous les fronts, à leurs pieds, dans leurs pas, jamais seule, à l’envers des façons, au milieu des maisons ;
Je me libère, je deviens parfaite, et toi tu viens aussi, ton odeur attachée à la chambre, toute la nuit sur une chaise, une cathédrale de violence, on ne compte plus les flèches les lames les traits les bombes le feu ;
On se bouscule, on se jette dans les abris ;
Ça valse là dans les poitrines ;
Ça frissonne sous le blindage des gilets ;
La peur aussi, le sauve-qui-peut, comme une grande joie mais à l’envers ;
Le fusil d’assaut embrassé brûlant, il serre, il noue, s’incruste, laisse des marques jusqu’aux hanches.

SCÈNE de la PREMIÈRE CAVE

CLAUDE DES ARMOISES :
Si je dis feu mon corps est entouré de flammes
Je dis eau l’océan vient à mes pieds
Un bateau vide immergé dans un cristal solide et je dis air.
Je dis terre et une naufragée prend racine.
Et sous l’arbre de son corps à elle, de sa bouche pleine de branches, une bouche terreuse qui crache du poumon retourné vers le ciel,
Comme du feuillage à l’envers,
Comme une moisson au soleil,
Une moisson de rouge, de nuit et de mort

SCÈNE des CHEVAUX et du LABOUR

ERNESTO GUEVARA :
Très chère, je m’en remets à vous et vous prie de bien vouloir intervenir auprès de Dieu en raison de la division actuelle de l’Eglise universelle, afin d'être éclairé sur la question des papes ; car il y en a trois désormais. L'un demeure à Rome et se fait appeler Martin V, tous les dirigeants chrétiens lui obéissent ; l'autre demeure à Paniscole, près de Valence, et se fait appeler Clément VII ; je ne sais pas où demeure le troisième mais on l’appelle Benoît XIV.
Le premier a été élu à Constance avec le consentement de toutes les nations chrétiennes ; celui de Paniscole a été élu par trois de ses cardinaux, à la mort de Benoît XIII ; le troisième a été élu secrètement.
S’il vous plaît supplier Jésus qu’il veuille bien nous dire par vous lequel de ces trois papes est le bon, celui auquel nous devons tous nous référer ; Martin V ? Clément VII, ou Benoît XIII ? lequel faut-il croire ? Faut-il le suivre secrètement et par dissimulation ? ou publiquement ? ou manifestement ?
Nous sommes tous prêts à suivre le plaisir de Jésus, mais quel est-il ?

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 1

⇒ Dialogue 1 :

CHARLES DE BOURBON : Bon.
ANDRÉ DE RAMBURES : Ouais.
CHARLES DE BOURBON : C’est mortel ici. Pourquoi je suis pas chez moi ? Avec une canette ou un Ubereats ? Et mon chien. 
ANDRÉ DE RAMBURES : Ouais. 
CHARLES DE BOURBON  : C’est surtout mon chien que j’aimerais avoir avec moi là tout de suite. Mon chien, c’est toute ma vie. Je pourrais mourir pour lui. Je te jure. 
ANDRÉ DE RAMBURES : Je te crois. Moi aussi j’aimerais revoir le mien. 
CHARLES DE BOURBON  : T’as un chien toi aussi ?
ANDRÉ DE RAMBURES : Oui et non.
CHARLES DE BOURBON : Comment ça oui et non ?
ANDRÉ DE RAMBURES : Il est mort. 

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † - Partie 2

JEANNE :
Et dans la chambre, tout un feu ;
Comme une nuit en plein jour,
Comme la suie et le bistre sur les murs,
Il décharge,
il sème et c'est en moi que j'échappe ;

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 2

⇒ Dialogue 2 :

JEANNE : J’ai trop envie d’un café là, je suis claquée. 
NASSRIN ABDALLA : T’as pas dormi ? 
JEANNE : Je dors jamais, c’est horrible. 
NASSRIN ABDALLA : Va falloir arrêter les soirées. 
JEANNE : Haha. J’arrive pas à fermer l’œil, c’est dingue, je sais pas pourquoi. C’est les voix qui m’empêchent.

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 3

⇒ Dialogue 3  :

GERONIMO : Il paraît que Jeanne s'est fait poser un implant la semaine dernière.
L’ARCHANGE MICHEL : Un implant ?
GERONIMO : Oui, contraceptif. C’est fou quand même, non ? Ils t’introduisent un morceau de plastoc dans le bras et voilà, plus de problème !
L’ARCHANGE MICHEL : Oui, sauf qu’elle a du plastique dans le bras… Tu trouves que c’est pas un problème ?  

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 4

⇒ Dialogue 2 (suite) :

NASSRIN ABDALLA : Il paraît qu’ils ont fait une étude sur des mouches aux États Unis. Les mâles dorment 10 heures et les femelles 5, et ben si tu les empêches de dormir, les mâles tiennent le coup quand même et ça, ça veut dire que le sommeil, du coup, c’est pas obligé. 

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 5

⇒ Dialogue 3 (suite) : 

L’ARCHANGE MICHEL : Ça me fait penser à un truc que j'ai entendu : il paraît qu’on implante des aimants dans le ventre des vaches.
GERONIMO : Des aimants dans les ventres des vaches ? Mais pourquoi ?

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 6

⇒ Dialogue 2 (suite) :

JEANNE : Mais pourquoi que les mâles ? 
NASSRIN ABDALLA : Ils ont pas dit.
JEANNE : Encore un truc sexiste… 

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 7

⇒ Dialogue 3 (suite) : 

L’ARCHANGE MICHEL : Ben les vaches, surtout les vaches à lait, ça bouffe un peu n’importe quoi et si on leur met un aimant dans le ventre, ça capte les déchets métalliques et ça empêche qu’ils pénètrent les tissus. Il suffit de remplacer l’aimant de temps en temps, et voilà, tu vois ?
GERONIMO : Je vois… Jeanne aussi, elle, doit faire changer son truc au bout d'un moment, je crois… 
Ils implantent tout le monde, en fait.
L’ARCHANGE MICHEL : Oui, surtout les vaches et les meufs.

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 8

⇒ Dialogue 2 (suite) :

JEANNE : T'imagines ?
NASSRIN ABDALLA : Ouais. En même temps, c’est que des mouches. 

SCÈNE des POSTES DE DÉFENSE - Partie 9

⇒ Dialogue 4 :

CHRISTINE DE PIZAN : On va mourir de froid à ce rythme
CLAUDE DES ARMOISES : Tu préfèrerais mourir de quoi ?
CHRISTINE DE PIZAN : Je ne sais pas
CLAUDE DES ARMOISES : En vrai, le froid, c’est pas si mal. Il parait qu’au bout d’un moment, assez vite, tu te laisses aller.  

 

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † - Partie 3

JEANNE :
Sans paroles superflues - HK 416 - plus rien de superflu ;
Ce qui ne dit rien à personne n’est pas prononcé ;
Est dit seulement ce qui console quand on pleure de douleur ou de plaisir ;
Ce qui soigne le corps aimé ;
Ce qui disloque celui offert, prise de guerre - début sans fin ;
Ce que tu tiens, tiens-le fermement ;
Ce que tu fais, fais-le sans entrave ;
Un pas léger ;
Une course rapide ;
Zéro poussière, propre ;
Comme un chat ;
Deloquée, parfaite, flippante, aucun bruit, pas de sexe.

SCÈNE du 4X4 DANS LES VIGNES

JEANNE : Tu sais que la voiture a une influence sur l'intimité des couples ?
CHRISTINE DE PIZAN : Comment ça ?
JEANNE : La situation, dans la voiture, ça aide les confidences ; la promiscuité, la coupure avec le monde extérieur… tu sais que tu ne vas pas être dérangé au milieu d’une phrase difficile - bon, à part par le téléphone, évidemment, mais ça c’est partout. D’après toi, y’a combien de gens qui auraient été incapables de déclarer leur amour sans avoir le volant entre les mains ?
CHRISTINE DE PIZAN : C’est vrai ça, t’as raison. Beaucoup. Tu conduis, tu dois regarder la route, t’as une excuse en or pour pas affronter le regard de l’autre. C’est pratique. 
JEANNE : C’est plus que ça, t’as carrément l’avantage. L’autre, sur le siège passager est en situation d’infériorité… Imagine : la personne est là , à portée de ta main mais, elle, elle ne peut pas te toucher à cause du risque d’accident… C’est comme une proie.
CHRISTINE DE PIZAN : Okay, mais, du coup, ça facilite pas seulement les déclarations d'amour, ça. Ça aide aussi pour rompre ou pour les aveux de trahison.

SCÈNE du 4X4 DANS LES VIGNES - suite

JEANNE : Ouais. Le passager qui ne peut pas embrasser le conducteur ne peut pas non plus lui mettre une gifle…
CHRISTINE DE PIZAN : Non. Et même pas descendre de la voiture en marche, obligé d’écouter. C’est comme un otage.
JEANNE : Exact : y’a des psychologues qui ont étudié le truc, ils pensent qu’en fonction de l'âge de la personne passagère et de la durée de sa relation avec celle qui conduit, on peut établir une typologie des routes, des autoroutes et des paysages sur lesquels elle a le plus de chance de se voir annoncer des trucs désagréables.
CHRISTINE DE PIZAN : Mais pourquoi l’âge ?
JEANNE : Plus la relation est ancienne, plus le conducteur a besoin de temps pour structurer son discours.
CHRISTINE DE PIZAN : Ah okay, je comprends. A l’inverse, les  couples plus jeunes auraient tendance à mettre fin à leur histoire en ville ?
JEANNE : Oui, même en plein trafic. Le passager peut à un feu rouge, descendre avant la fin du speech.
CHRISTINE DE PIZAN : Ah oui, je connais, en fait. Et donc pour les couples plus âgés, la situation est différente ? 
JEANNE : Oui, le conducteur choisit presque toujours une route dégagée, ou une autoroute et une vitesse élevée. 
CHRISTINE DE PIZAN : "Tu sais, j'ai beaucoup réfléchi pendant ces vacances..."

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † - Partie 4

JEANNE :
Mais si elle n'embrasse pas ? si la vie dit autre chose ?
Si s'y oppose la vie des autres ? je la refuse ? Si je l'aime, je la refuse ? 
Je ne demande pas vraiment, je demande parce que tout est laid ; 
Parce que je suis faible ;
Parce que je n’aime pas tuer en votre nom, c’est tout ;
C’est mon livre des révoltes - et il y a beaucoup d'autres noms, plein ;
Le nom  de tous ceux qui s'obstinent et refusent, ceux qui se planquent dans les immeubles, sous les chars brûlants ;
C’est la mauvaise allure, voilà.

 

SCÈNES des CROYANCES - ERNESTO GUEVARA et la DAWA - Partie 1

ERNESTO GUEVARA :
Le chef de la section Lambert est un type sympathique et enjoué. Dès notre rencontre, Il m’a expliqué que pour eux, pour ses combattants, les avions, les hélicoptères, les drones ne sont pas un problème. La guerre aérienne ne les inquiète pas du tout, parce qu’ils ont la Dawa, et que cette médecine qui les rend invulnérables aux balles, les protègent aussi du reste, de tout type d’agressions. 
moi, on m’a tiré dessus plusieurs fois mais les balles retombent par terre, sans force, m’a-t-il expliqué. Je croyais qu’il plaisantait, évidemment. Et comme Lambert sourit toujours beaucoup, je me suis dit que c’était sa manière à lui, joyeuse, de dire le courage et la hargne de ses combattants. Mais il ne plaisante pas là-dessus. Pour lui, c’est réel : avec leur Dawa, ils disposent d’une arme magique, une protection qui les rend invulnérables, c’est même ce qui permettra le triomphe de notre résistance.
J’ai pu le mesurer par la suite : la croyance est généralisée et personne de cette section ne part au combat sans avoir fait la Dawa. Il s'agit de quoi ? d’un liquide où ont fait macérer des herbes et pas mal d’autres produits, la recette est évidemment secrète. On verse ça sur le combattant ou la combattante pendant qu’un chaman ou un sorcier, appelez-le comme vous voulez, trace au sol des signes cabalistiques et, presque toujours, une marque de charbon sur les fronts ; en quelques minutes la troupe est arrosée et c’est la section entière qui est protégée contre toute sorte d’armes ennemies, tout dépend de l’étendue des pouvoirs du chaman. Mais il y a des contreparties.

SCÈNES des CROYANCES - la MORT de LAMBERT - le Mess des chevaliers

LE CHEF DE LA SECTION LAMBERT :
Moi, on m’a tiré dessus plusieurs fois. Les balles retombent par terre, sans force. La Dawa, c’est l’arme absolue, une protection qui rend invulnérable. C’est elle qui va permettre le triomphe de la résistance. La protection est parfaite, à 100 %, mais tu ne dois pas toucher un seul objet qui ne t’appartient pas et tu ne dois pas avoir de rapports sexuels. Tu ne dois pas non plus éprouver de la peur. Sans ça, tu perds la protection, ce sont les trois interdits.

SCÈNES des CROYANCES - ERNESTO GUEVARA et la DAWA - Partie 2

ERNESTO GUEVARA :
La croyance en la Dawa présente plusieurs avantages : elle augmente le courage au front et elle réduit le nombre des pillages et des viols par nos troupes, ce qui est bon pour notre image. De plus, et parce qu’il est dit que l’une des faillites de la Dawa est la peur, l’échec de sa protection ne permet pas de la remettre en cause : si les combattants morts ne sont plus là pour dire si oui ou non ils s’étaient rendus coupables ou non de vol, d’agression sexuelle ou de peur, un combattant blessé s’expliquera toujours sa blessure au moins pas la peur ; la peur fait partie de la guerre, tous les combattants la ressentent, qu’ils le veuillent ou non. Résultat : la Dawa ne peut être mise en doute par les combattants et combattantes qui y croient.
Cette croyance guerrière que je trouve délirante et la manière dont elle piège ceux qui lui font foi, me conduisent à m’interroger depuis quelque jours sur la nature réelle de mes propres convictions. Parmi les certitudes qui m’animent moi  et qui me poussent à la guerre, y en aurai-t-il quelques-unes d’aussi illusoires que celles de Lambert et de ses troupes ?

 

SCÈNES des CROYANCES - JEANNE et la CONFESSION 

SUSANNA RONCONI : Nous avons la confession systématique, nous avons la communion généralisée. On se bat mieux si on a confessé l’avidité purificatrice de l’armée si on dit : la succion du vide bouche à l’ombre des morts un groupe de prêtres débraillés accompagne le combat, une pourriture noire, aux éclairs de phosphore, partout où on la porte.
NATHALIE LEMEL : En ma présence et en la présence de ceux qui se sont confessés le jour même.
Je n’ai vu qu’un voile sombre et opaque.
CHRISTINE DE PIZAN : Michel, Marguerite ou Catherine dans le journée dans la chambre, sur le cheval, près de l’arbre qu’ils aillent en tête des troupes, assemblés autour de leur bannière rocheuse et ferrailleuse que rien, même le vent, ne pourra soulever. 
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Et qu’ils chantent le Veni Creator Spiritus. Ça ne comblera pas la soif d’un trou percé au pli de l’armure mais je crains moins les blessures que les tentations
JEANNE : Alors ? Alors quoi ? on fait quoi ? On  multiplie les colères ? contre le juron et le viol, c’est parti, contre un regard de plein ciel, on verra sous les robes soufrées et ça brûle

SCÈNES des CROYANCES - JEANNE et la CONFESSION - suite

CATHERINE D’ALEXANDRIE : J’hésite, mes curés cucul, j’hésite à vous caserner en ville. J’exige la confession mais il y a toujours le feu d’un œil et le ciel s’y désespère.
BERNADETTE : Je veux mettre mon armée entière en état de grâce parce que le mystère de l’amour est trop semblable à la mort.
MARGUERITE D’ANTIOCHE : un œil qui regarde un œil qui le regarde, quiconque voit son double en face doit mourir 
NATHALIE LEMEL : Notre camp sera celui du bien, s’il veut la victoire.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : La nuit sera maudite à jamais interdite par le fils qui la rachète et que la mère nous pardonne.
JEANNE : La nuit où le feu sanglant du regard ennemi troue la monnaie la purification et la réconciliation d’une armée AVEC Dieu, juste avant le combat.
GABRIELA SILANG : La nuit d’un lac de boue obscure, absurde et verticale.
SUZANNE BELAIR : Il y a plusieurs exemples dans l’Ancien Testament, dans la Torah… et tous ont été efficaces, tous ont fait vaciller bien du monde  dans le monde du spectacle.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Quelles sont les clés ? La méthode ? Que faut-il faire ?
JEANNE : Ni le stigmate saint, ni le sacre infamant, non plus les prières, la confession des fautes, le jeûne…

SCÈNES des CROYANCES - JEANNE et la CONFESSION - suite

GABRIELA SILANG : Au fond des yeux que je croyais d’un frère, d’une soeur, zéro trace d’âme
CATHERINE D’ALEXANDRIE : On dit que lorsque le peuple de Dieu a affronté les descendants de Binyamin, Saül avait donné l’ordre à tous les combattants de jeûner jusqu’au coucher du soleil. 
SUSANNA RONCONI : Le problème avec le jeûne, c’est qu'il rapproche de Dieu et rend l’esprit plus clair mais il abîme les corps, notamment ceux qui marquèrent autrefois l’humanité d’origine. Il faut l’utiliser intelligemment, alors tu ne l’imposeras pas, tu ne dois pas. 
JEANNE : En place, un trou vorace et tous ceux qui voudront communier un abîme aux grandes gueules qui reçoivent la protection magique, une absence ventouse aveugle et la soif de proie.
CHRISTINE DE PIZAN : Ils feront comme moi, moi qui me nourris de la rapacité nue.
BERNADETTE : Toutes les armées ont pour elles un nombre variable de moyens, elles préparent la folie et l’horreur du chaos qui foisonne, elles ravagent alentour.
NATHALIE LEMEL : La confrontation impréparée des combattants. La contagion bestiale.

 

NOIR

P A R T I E  2 - des morts

NOIR

SCÈNE DU DORMEUR DU VAL (muette)

SCÈNES des CROYANCES - GERONIMO - La vallée des morts

VOIX OFF :
Un guerrier qui a été plusieurs fois blessé au combat m’a raconté qu’un jour il était même mort sur le champ de bataille
et s’est retrouvé au pays des esprits. Il a ouvert les yeux, il s’est redressé, il était seul et ne reconnaissait plus rien autour de lui. Il s’est mis à courir, il cherchait le combat, il était égaré. Il est arrivé comme ça au pied d’une falaise, devant un mûrier, qui sortait d’une caverne. Dans la caverne, une voie descendait sous terre. Elle était large et conduisait au bord d’un grand précipice où tout était noir. En plongeant son regard sous lui, avec insistance, il a pu deviner un relief, comme une dune émergeant des profondeurs. Il s'est agrippé à un buisson, il s’est laissé tomber pour atterrir sur le sable.
Il a longtemps glissé, dans l’obscurité, et tout au fond, une lueur est revenue, très pâle. Elle provenait d’un boyau étroit qui courrait vers l’ouest à travers un cañon. Il s’y est engagé et la lumière a augmenté au fur et à mesure qu’il avançait. Au bout d’un moment, l’on y voyait comme en plein jour, mais sous la terre. Et puis les choses ont changé : il a traversé une forêt, en courant, jusqu’à une vallée verdoyante où le gibier abondait. S’il ne s’étonna pas alors de voir que plusieurs peuples campaient dans la vallée, il n’en crut pas ses yeux en reconnaissant parmi eux toujours plus de combattants et combattantes morts avant lui. Là, il s’est réveillé. Voilà ce qu’il a raconté.
Il a dit être très triste d’avoir repris conscience, d’être revenu à la vie. Même moi, si j’étais certain que tout cela est vrai, je ne voudrais pas vivre un jour de plus. Beaucoup d’entre nous ont cru ce que disait ce guerrier. Mais je ne sais pas. J’aimerais être sûr ; CROIRE. Mais peut-être que c’est bien de ne pas pouvoir.

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † Partie 5

JEANNE :
Je respire en exultant, l'amour, je l'ai appris, c’est bon ;
L’amour c’est : tu me vaux tu me remplaces ;
Tu remplaces mes sœurs, tu remplaces mes frères… ;
Mes sœurs défectueuses ;
Je me réjouis de vous voir, de votre imitation du fils ;
De pouvoir vous toucher… ;
Je peux sentir la joie au bout de mes doigts quand je les porte à mes narines ;
Je tiens à ce que j'ai ;
Je tiens aux mots qui ont couvé les choses que j’ai depuis ma naissance ;
Ça n'ira pas sous cette langue étrangère ;
Avec ses sons heurtés qui nettoient les astuces et la haine ;
Moi, je nettoie l'orgueil qui nettoie la nature ;
Et je m’essuie à sec de la vanité qui rend l’ennemi si propre et si brillant ;
C’est ça mon filtre d'amour, courtois, français, la langue est sectionnée, arrachée ;
Les mots, tous écorchés, comment négocier ?
Et avec qui ? mon ennemi a posé l'esprit sur un miroir ;
Et je le regarde en moi maintenant ;
Je vois l'image de sa haine dans ma substance ;
Je ressens pour moi-même ce que ressentent les bourreaux ;
Quand ils approchent et qu’ils halènent cette odeur de violence inversée ;
Malgré la haine, quelle beauté dans mes yeux, non ? 
Quel ennui pour le monde quel embarras.

SCÈNE de la SECONDE CAVE

CATHERINE D’ALEXANDRIE : Tu vas où là ?
GIAP LE JEUNE : Avec vous… Avec elle… Je veux batailler avec cette jeune fille. Enfin… près d'elle, pour elle.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Je veux, je veux… Pourquoi tu veux ça ?
GIAP LE JEUNE  : Parce que son action insurgée m’enthousiasme.
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Nan, toi, tu restes là. (Elle part. Elle revient ) Elle te plaît, c’est ça ?
GIAP LE JEUNE  : Eh bien, oui. Je songe parfois à son physique
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Vas-y, encore un. Quel bordel… ; (à la caméra) Je pensais que la condition féminine évoluerait en même temps que la société mais je me suis bien plantée. Maintenant, j’entends par féminisme le fait de se battre pour des revendications proprement féminines, parallèlement à la lutte des classes et je me déclare féministe ; (à Giap) la sexualité est au féminisme ce que le travail est au marxisme : ce qui vous appartient le plus intimement et ce qui qui vous est le plus dérobé.

SCÈNE de la SECONDE CAVE - Suite

GIAP LE JEUNE  (resté seul) :
Jeanne… ;
Voici ce que ça donne en trait de terre ;
Verte terre ;
Terre obstinée des batailles et des sièges ;
Terre sacrée ;
Terre fade, épouvantable du cachot ;
Terre des immondes ;
Terre vue en bas sous le bois du bûcher ;
Terre flammée ;
Terre peut-être toute bleue dans le regard horrifié ;
Cendres.

SCÈNE de la TROISIÈME CAVE

L’ARCHANGE MICHEL : [En arabe, SST Français] Taille en rectangle vertical comme une planche de noyer. Les bras longs et vigoureux. Des mains romanes tardives. Pas de fesses. Elles se sont cantonnées dès la première décision de guerroyer. Le visage est le contraire d'ingrat. Un ascendant émotionnel extraordinaire. Un vivant mystère humanisé. Pas de seins. La poitrine les a vaincus. Deux bouts durs seulement. Le ventre haut et plat. Un dos comme un tronc de pommier, lisse et bien dessiné, plus nerveux que musclé, mais dur comme la corne d'un bélier. Ses pieds !…
CATHERINE D’ALEXANDRIE : Après avoir flâné au pas d'un troupeau bien nourri, nous les regardons s'élever soudain, battre des talons les flancs de chevaux de combat, bousculer l'ennemi, tracer l'emplacement nomade du bivouac, enfin souffrir de tous les maux dont souffre l'âme mise au cachot puis au supplice.

SCÈNES du PROCÈS ⇒ L’accusation

THOMAS DE COURCELLES :
Notre assemblée et nous-mêmes, convoqués et concernés, touchés, émus, heurtés, compétents, savants, sachants, Délégués émérites, monseigneur Pierre Cauchon, Jean d’Estivet, Jean de Châtillon, Nicolas Midi, Nicolas de Hubent, Pierre Maurice, Thomas de Courcelles, Thomas Fievet, Jean Le Maistre, Jean Secard, Gérard Feuillet, Enguerrand de Champrond, Isambard de La Pierre, Jacques de Touraine, John Grey et Madame, ici présente, nationaliste !

SCÈNES du PROCÈS ⇒ La défense

JEANNE : 
Les soldats, casqués, jambes ouvertes, foulent ;
Muscles retenus, les nouveau-nés emmaillotés dans les châles écarlates, violets :
Les bébés roulent hors des bras des femmes accroupies sous les tôles mitraillées des G.M.C. ;
Le chauffeur repousse avec son poing libre une chèvre projetée dans la cabine ;
Au col Ferkous, une section du RIMA traverse la piste ;
Les soldats sautent hors des camions ;
Ceux du RIMA se couchent sur la caillasse ;
Les femmes bercent les bébés contre leurs seins : le mouvement de bercée remue ;
Renforcés par la sueur de l’incendie, les parfums dont leurs haillons, leurs poils, leurs chairs sont imprégnés ; 
Au bas du Ferkous, sous l’éperon chargé de cèdres calcinés ;
Orge, blé, ruchers, tombes, buvette, école, gaddous, figuiers ;
Mechtas, murets tapissés d’écoulement de cervelle, vergers rubescents ;
Palmiers, dilatés par le feu, éclatent ;
Fleurs, pollen, épis, brins, papiers, étoffes maculées de lait, de merde, de sang ;
Écorces, plumes, soulevés, ondulent, rejeté de brasier en brasier ;
Par le vent qui arrache le feu, de terre ;
Les soldats assoupis se redressent, hûment les pans de la  bâche ;
Appuient leurs joues marquées de pleurs séchés contre les ridelles surchauffées ;
Frottent leur sexe aux pneus empoussiérés ;
Ceux des camions, descendus dans un gué sec, coupent des lauriers-roses, le lait des tiges se mêle sur les lames de leurs couteaux au sang des adolescents éventrés par eux contre la paroi centrale de la carrière d’onyx ;
Ceux du RIMA escaladent les marchepieds des camions, se jetttent sur les femmes ;
Tout armés, leurs sexes surtendus éperonnent les lambeaux violets ;
Que les femmes resserrent au creux de leurs cuisses ;
Le vent ébranle les camions, le sable fouette les essieux, les tôles ;
Les soldats s’engouffrent dans les camions :
Appuyés contre la bâche se reboutonnent.

SCÈNE du CERCUEIL † JHESUS MARIA † Partie 6

JEANNE : 
Je hais l’ennemi jusque dans sa mère ;
Je ne voudrais pas mais la victoire est anadrome ;
C’est un saumon furieux qui remonte à la source ;
Je le veux, je veux dire ;
Il me faut ce ventre ;
Je ne peux pas repousser l’ennemi sans repousser le (ce) ventre ; 
Que je m’évade et celui ou celle qui a aimé mon ennemi, j’irai à lui ;
Je serai à elle, je ferai chez l’un ma maison et chez l’autre, mes rituels ;
Je ne crains pas les embûches du genre humain mais je ne me fais pas comprendre ;
Je m’épuise et je brûle ;
Je suis l'autre fils, l’autre vierge, la mère-enfant-pucelle du monde simple ;
Heureuse, je ne sais pas, mais je viens en plein repas ;
Les liens de l'amour ont saisi ma tête et la penchent en arrière ;
J'ai la gorge ouverte et les armées l'admirent ;
Elles libèrent une odeur à réveiller les morts à faire bander les chiens ;
À confondre nos images ;
Être la même habillée ou nue, couverte de fleurs ou parcourue de feu ;
La terre couche entre mes jambes, mémoire liquide, cœur resté ;
Feu refait ;
Vent drapeau cheval bâton.

NOIR

É P I L O G U E - Du vivant

NOIR

J E A N - P I E R R E  S U S I N I
agriculteur et militant corse pilier de la lutte indépendantiste
membre fondateur de l’organisation clandestine armée
Ghjustizia Paolina - 1973
et du FLNC - 1976

NOIR

SCÈNE du TÉMOIGNAGE de JEAN-PIERRE SUSINI

ERNESTO GUEVARA : Vous pourriez me parler des conditions de vie au quotidien que vous avez eues durant que vous meniez la révolution ?
JEAN-PIERRE SUSINI : C’est… Bon, la “révolution”… c’est peut-être un grand mot, le “combat”, oui, oui, il était rythmé par mon métier d’agriculteur et mon activité de militant. Mais une chose était essentielle, c’est que je m’occupais très bien de mes bêtes ; parce que mon père me disait, qui était berger avant moi et avant d’embrasser une carrière militaire : “si tu veux faire ce métier, faut que tu traites… si tu maltraites les bêtes, ça te suivra toute ta vie ; les bêtes, on les maltraites pas”. J’ai dit “non, ça me plaît, je le fais”. Donc, dans la journée - j’étais aidé par mon père, mon oncle, c’est vrai - et dans la journée je m’occupais de mes bêtes, la traite, je la faisais moi. J’ai même fait le fromage pendant longtemps, la traite, le matin et le soir, le soir, finie la traite, bop rendez-vous à Bastia, et c’était rare qu’on ne s’affrontait pas avec les CRS, c’était rare les soirs où il n’y avait pas des jets de pierre et eux, ils descendaient… Enfin bref, voilà. Et après, il y avait même… après, quand il y avait les Nuits Bleues, il fallait descendre après le travail.
Les Nuits Bleues, c’est les attentats, de la pointe du cap Bonifacio jusqu’à Ersa. On couvrait toute la Corse entière, on couvrait, hein ! 
prise 11 pour passer à l’action il fallait du matériel, alors on passait des nuits à voler des explosifs dans les carrières. Jusqu’à démonter, parce les explosifs étaient dans des… comme dans des bunkers en béton, on passait des nuits à faire des trous avec le marteau et… comment on dit ? avec la pointe, pour casser la serrure et moi, tout seul, je me suis vu descendre 80 kg de dynamite sur le dos. Je les ai descendus hein, pour les planquer. Vous savez, quand vous tombez sur 80 kg de dynamite, quelle joie ! hhh, ça va en faire du feu d’artifice ça ! Enfin bref, on en avait besoin. Mais, je m’entends, hein, c’était pas pour plastiquer le voisin ou le petit commerçant, hein ?! ni rien. On s’attaquait à des cibles qui nous dérangeaient, qu’on voulait… qu’on dénonçait comme les services de l’Etat,  et tout ce qui était lié à la colonisation. Voilà, c’est tout, c'était pas pour aller emmerder le petit voisin, hein. Pas du tout. 

SCÈNE du TÉMOIGNAGE de JEAN-PIERRE SUSINI - suite 1

JEAN-PIERRE SUSINI : Donc dans la journée on préparait le matériel pour passer à l’action dans la nuit. Le tout s’était, pour moi, d’être là le matin, pour traire mes brebis, c’était impératif chez moi. Mais ça m’a pas empêché d’aller jusqu’à Guizonatch, jusqu’à Porto-Vecchio, hein ! Ça faisait loin. Toute la nuit je roulais, arrivé le matin ici, bop, je me mettais à traire mes brebis, alors à l’époque on vendait le lait, donc il était prêt, il était, les bidons étaient positionnés sur le bord de la route, après comment je faisais pour récupérer ? parce qu’il faut bien… on n’est pas des surhommes, hein ? pour récupérer, je lâchais mes brebis dans un champ, y’avait l’entrée, je mettais ma voiture en travers, pour pas qu’elles sortent, et je dormais. C’est les brebis qui me réveillaient. Quand elles en avaient marre de rester dans ce champ, elles se regroupaient devant la voiture, et “Beh Beh Beh”, elles me réveillaient, j'enlevais la voiture, je changeais d’endroit,  je les faisais entrer dans un autre champ, et, des fois je me déplaçais 100, 200, 300 mètres, je les faisais entrer dans un autre champs, je revenais avec la voiture, je mettais, si il n’y avait pas de grillage, je remettais la voiture et je dormais, jusqu’à midi, je récupérais comme ça. Et le soir, rebelote, c’était des Nuits Bleues sur des Nuits Bleues. 
Je suis jamais allé en prison, je sais pas du tout comment, j’aurais certainement très mal réagi. Je me serais défendu pour ne pas aller en prison. J’étais prêt jusqu’à tuer, c’est arrivé une fois, quand je me suis trouvé coincé, ils sont venus à 5h du matin, et j’étais… on m’a réveillé, j’étais prêt mais j’ai été obligé d’ouvrir le feu pour me dégager, sur le fourgon, je ne sais pas qui j’ai atteint, si j’ai atteint ou pas atteint, mais je me suis défendu, voilà, c’est tout.
Moi ma passion, c’était les missiles télécommandés, vous savez, à partir…, sol/air… ça me plaisait, j’en ai manipulé ces trucs, pour faire tomber un avion, surtout à la base de Solenzara, quand ils font des manœuvres, qu’ils font du bruit, ça arrangeait tout le monde : ça faisait un boucan, vous m’avez compris… Et bon, c’était pas évident, mais c’était, on était dans le cadre de la libération nationale, et il faut s’attendre à quoi ? qu’on aille ramasser des champignons ? eh non !

SCÈNE du TÉMOIGNAGE de JEAN-PIERRE SUSINI - suite 2

JEAN-PIERRE SUSINI : Mais parallèlement à ça, aussi je menais mon exploitation, parce que c’était vital pour moi : faire voir qu’on démolit mais qu’on construit et j'étais syndicaliste, j’étais dans pas mal de structures et par exemple on défendait la brebis corse, la reconnaissance de la brebis corse, l’amélioration de la race corse, pour une amélioration laitière, parallèlement à ça, il fallait occuper les domaines qui étaient laissés à l’abandon par les rapatriés, pour installer des jeunes, et là aussi je partais la nuit, je dormais là-bas, je soutenais.
Et les bombes, c’est bon, les bombes, quelques coups de fusil sur les fenêtres, mais après, ça monte, ça monte, ça monte… et… Faut être costaud politiquement pour l’assumer aussi. Faut savoir que l’on veut, il faut savoir. Et je me suis dit, il va falloir quand on recrute, avoir à faire à des gens bien motivés qui ferment leurs gueules, hein. Donc après ça a continué et là je me suis rendu compte que… c’est devenu, sous couvert de nationalisme, de FLN et de tout ce que vous voudrez, c’est devenu des groupes de pression, qui faisaient pression pour avoir leurs propres intérêts, c’est pas moi qui le dit, aujourd’hui, vous le voyez des fois dans la presse : tout le monde est “membre fondateur du FLN”, tous ! y’a du monde hein !? Eh finalement, on était 5 ou 6, pas plus. Faut dire bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Y’a eu cet affrontement entre Cuncolta et les deux tendances légales, le FLN de 1976 s’est scindé en deux : Canal historique et Canal habituel ; Canal habituel, je m’en fous, Canal historique, il n’y avait pas un historique dedans. C’est eux qui se sont appelés comme ça, Canal historique, y’avait pas un historique parce que les gens comme moi, les historiques, ne participaient pas à ces mascarades-là, cette scission, on n’a jamais été pour la scission nous, et en plus, le jeu, quand vous en arrivez là, c’est fini ! il n’y a plus d’espoir, ce n’est plus la peine de mener une négociation à Paris, les seules négociations qu’il y a eues, c’est pour leurs intérêts. Il n’y a pas que moi qui le dénonce. 

 

 

NOIR

FAIT en 2022

PAR AVEC POUR

les ÉTUDIANT·E·S de SUP DE SUB - MARK HUBBARD

SEINE-SAINT-DENIS et MARSEILLE

CAMPUS JEAN-PAUL CURNIER ET CAMPUS ISSA SAMB

PROMOTIONS LESLIE et FÉlIX

ÉTUDIANT.E.S :

Yanick Abderemane
Naïla Aboubeker
Silvino Almeida Silva
Yliès Amara
Milan Amine
Hugo Attissoh
Cheick Ba
Zinedine Ben Aïcha
Kevin Bereski
Nathan Bernis
Sidonie Bey
Gabriel Boschero

Alla Bouchoucha
Arthur Boullet
Laura Brehamel
Sarah Brehamel
Sebastiana Brindusa
Salomé Chanfreau
Sara Cletz
Yael Desjardins
Jilliana Espinasse
Florian Faure-Gignoux
Aminata Fofana
Yannick Fontaine
Henry Hemar
Louna Huart
Majda Jraifi

Lilou Kerinec
Clémence Koité
Mbaye Konté
Théo Laurent
Mathilde Lebrun
Yvon Levesque
Hermann Lo
Rayleigh Lopès
Kerenza Marin
Nicolas Moussio
Denis Neves
Louis Paul
Bettina Pascal
Isaac Rameau
Kirill Reitenbach

Sarah Saïdi
Matthias Sem
Rosalie Sinsou
Basile Sommet
Maria-Laura Stefanovich
Makram Teulière
Mohamed Touré
Olivia Tourret
Luca Vacchetta

ET
Naguime Bendidi, cariste
Christian Maes, musicien
Jean-Pierre Susini, agriculteur

ÉQUIPE PRO et ANCIEN·NE·S ÉTUDIANT·E·S : 

Mati Abdou
Thierry Arredondo
Tiziri Boughanime
Maly Bourourou
Taib Bouzouina
Martine Brunott
Jean Michel Bruyère
Louise Bruyère
Rozenn Collet
Jonas Costecalde
Éric Delisse
Nadine Febvre
Harlesse Gabriel
Alexandre Gallerand
Julien Laville
Billel Meguellati
Dounia Mohamed
Héléna Mayot
Cyrille Paillès
Delhia Prevel Assogba
Quentin Renoust
Delphine Varas

DIALOGUES, d'après :

Colette Beaune
Jeanne d’Arc, 2004

Simone de Beauvoir
Tout compte fait, 1973

René Char
Jeanne qu’on brûla verte, 1956 - in “Pauvreté et Privilège

Marcel Cohen
Détails, Faits, 2017 & Détails, II, 2021

Georges et Andrée Duby
les procès de Jeanne d’Arc, 1973

Camille Froidevaux-Metterie
Un corps à soi, 2021

Geronimo
Mémoires de Géronimo (1905-1906), 1970

Che Guevara
Journal du Congo (1965), 1988

Roger Gilbert-Leconte
Œuvres complètes II, 1977

Pierre Guyotat
Tombeau pour cinq cent mille soldats, 1967

Catharine MacKinnon
Feminism, Marxism, Method and the State : An Agenda for Theory,
Journal of Women in Culture and Society, 1982

MUSIQUES de :

Christian Maes
Live

Arvö Part
Da Pacem  Domine  et Salve Regina - Estonian Philharmonic Chamber Choir , Paul Hillier ; 2006

Santa Ratniece
Horo horo hata hata (Live) - The Crossing · Donald Nally ; 2020

A Tribe Called Quest
Can I Kick It? - People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm ; 1990
 

MUSIQUES COMPOSÉES par les ÉTUDIANT·E·S :

Yanick Abderemane
Arthur Boulet

REMERCIEMENTS :

La Friche la Belle de Mai 
Mairie d'Asquins
Mairie d'Avallon
Mairie de Magny
Mairie de Montréal
Mairie de Saint Père
Mairie de Vézelay   
Bureau d'accueil des tournages de Bourgogne Franche-Comté
Arsud (Région Sud)
Camping Aria Marina (Jean-Baptiste Susini)
Cirque équestre Zalzaros (Christophe Martin et Albin Violot)
Ensemble Paroissiale Notre Dame de Montréal
Maison Claire Fontaine (Alexandra Hardy et Mark Elliott)
Paroisse Saint François du Vézelien
Restaurant l'Onda (Jean-Baptiste Andreani)
TSF

 

 

 

ET

Hortense Archambault
Elly et Julien Bellevue
Liberté Besle
Xavier Blandin
Luna Chauffard
Pierre Chauffard
Julien Chollat-Namy
Nathalie Cuvilliez-Billien
Yoann Defert
Yves Delgado
Pierre-Louis Douchet
Blanche Gautier
Julien Gautier
Gaëlle Laurent
Minh Le Tan
Jean Montanet
Benjamin Picard
Nicolas Raffeneau
Louis Schweitzer

 

PRODUCTION


LFKs - La Fabriks

L’action-recherche Sup de Sub - Mark Hubbard est lauréate 2019
dispositif 100% inclusion
du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC)
du ministère du Travail,
géré par la Caisse des Dépôts et Consignations.
Sup de Sub - Mark Hubbard et LFKs sont soutenus par
la Ville de Marseille,
le Département de la Seine-Saint-Denis,
la Région Sud, la DGCA - Ministère de la Culture,
le Pacte d’investissement dans les compétences
de la région Provence Alpes Côte d’Azur,
la Fondation d’entreprise Hermès & Mark Hubbard

 

 

à Manny

 

LFK films- 2022