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Critique des sytèmes

RAISON CRITIQUE ET HÉRITAGE DES LUMIÈRES - repenser le socialisme.

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Raison critique et héritage des Lumières - repenser le socialisme au XXIe siècle - Lea Ypi


Cours du 25 février 2026 : La liberté comme agence morale

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Une critique du capitalisme aujourd’hui ne doit pas seulement montrer que le système produit des contradictions, des crises ou des inégalités. Elle doit aussi poser une question plus directe : au nom de quoi ce système peut-il prétendre être juste ?

Autrement dit : même si le capitalisme fonctionne, même s’il produit de la richesse, même s’il organise une grande partie de nos vies, cela ne suffit pas à le rendre moralement acceptable. Une société ne peut pas être jugée seulement sur son efficacité. Elle doit aussi être jugée sur la manière dont elle traite les êtres humains.

Lea Ypi est une philosophe contemporaine, née en Albanie et aujourd’hui professeure à la London School of Economics. Elle travaille sur la liberté, la justice, le marxisme, Kant et les formes modernes de domination.

Son idée centrale est que la liberté ne consiste pas seulement à pouvoir choisir entre plusieurs options. Être libre, c’est aussi vivre dans un monde où les êtres humains se reconnaissent mutuellement comme des personnes dignes, et non comme de simples moyens.

Traiter quelqu’un comme une fin en soi, cela veut dire : ne pas le réduire à son utilité, à sa force de travail, à sa rentabilité, à son obéissance, à ce qu’il peut rapporter. Une personne n’est pas un outil. Elle ne vaut pas seulement par ce qu’elle produit, vend, achète ou rapporte.

La critique morale du capitalisme part de là. Le problème n’est pas seulement que certaines personnes gagnent beaucoup plus que d’autres. Le problème est que le capitalisme tend à organiser des relations où des êtres humains utilisent d’autres êtres humains comme des moyens : pour produire du profit, occuper des postes précaires, faire tourner des services, accepter des contraintes imposées par la nécessité de survivre.

La domination et l’exploitation ne sont donc pas seulement des problèmes économiques. Ce sont aussi des problèmes moraux. Elles abîment la relation entre les personnes, parce qu’elles empêchent de se reconnaître comme égales en dignité et en liberté.

Critiquer le capitalisme au XXIᵉ siècle, dans cette perspective, c’est donc demander : quelles formes de vie ce système rend-il possibles ? Quelles formes de dépendance produit-il ? Qui peut décider librement de sa vie ? Qui est obligé de se vendre, de se taire, de s’adapter, de disparaître ?

En résumé : une société juste ne peut pas traiter les êtres humains comme des ressources disponibles. La critique du capitalisme doit donc porter sur ses injustices économiques, mais aussi sur son injustice morale : la manière dont il transforme trop souvent les personnes en moyens au service du profit.

 

 

 

Lea Ypi est une philosophe et théoricienne politique albanaise, professeure à la London School of Economics. Ses travaux portent sur la justice globale, la démocratie, le marxisme, Kant, les migrations et l’histoire intellectuelle des Balkans. Dans Free: Coming of Age at the End of History, elle mêle récit autobiographique et réflexion politique sur l’Albanie postcommuniste. Son œuvre interroge la liberté sans la réduire au marché ni aux slogans libéraux.