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CaD Cinéma

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CaD_5#2

La poésie et la voix off

QUELQUES RÉFÉRENCES POUR LE FILM MONSTRE DE SARAH SAÏDI

L’usage de la voix off ajouté à celui d’une plage comme décor rattachent d’emblée ton film à l’histoire du cinéma qui les accumule l’un et l’autre et souvent pour le meilleur. Rares sont les grand.e.s cinéastes qui n’ont pas eu au moins une fois recours à l’un ou à l’autre.

 

I.  Au sujet de la voix off

La voix off, quant à elle, permet aux spectateurs une identification rapide, tout en permettant au cinéma de revenir à sa source (il est né muet) et d’y prendre son temps pour y puiser des réserves de poésie.

 

Badlands (La balade sauvage), Terrence Malick, 1973


L’utilisation de la voix est une constante dans le cinéma de Terrence Malick : Days of Heaven (Les Moissons du ciel), 1978, The Thin Red Line (La Ligne rouge), 1998, Tree of Life, 2011, sont d’autres classiques du genre dans sa filmographie. Dans Badlands, son premier film, il raconte l’histoire à travers le point de vue de son jeune personnage féminin.

Au ciné-club Sup de Sub : Badlands

Un extrait ici :


 

Les Voix spirituelles, Part 1, Alexandre Sokourov, 1995

 
Andrei Tarkovski le découvrit encore étudiant et plaça d’emblée Alexandre Sokourov parmi les “rares génies du cinéma mondial”, aux côtés de Bresson, Mizoguchi, Vigo, Buñuel ou Satyajit Ray.

En 1995, Alexandre Sokourov a filmé durant plusieurs mois la vie quotidienne d’une brigade de garde-frontières de l’armée russe aux confins du Tadjikistan et de l’Afghanistan, dans l’immense masse continentale de l’Asie Centrale. Soldats oubliés à l’extrémité d’un empire éclaté, ils font face à un ennemi omniprésent mais invisible.

Les Voix Spirituelles est un poème en cinq parties, une méditation monumentale sur la condition humaine dans un environnement écrasant.
Sa première partie comporte un plan-séquence fixe de presque 45 minutes, portant une voix off, soutenue par de la musique classique (Mozart, Messiaen…).

Un extrait :

 


II.  Au sujet de la plage comme décor

Très présents dans le cinéma, les décors de plage sont souvent ceux de scènes finales, ils terminent alors le monde en même temps que se clôt le récit, ils finissent le film comme ils finissent la terre. C’est moins le temps du film qui s’achève que son espace qui trouve là sa limite.

 

La Dolce Vita, Federico Fellini, 1960


La Dolce Vita est l’un des films (avec Le Guépard de Visconti, L’Avventura d’Antonioni) qui ont ouvert la Nouvelle Vague du cinéma italien. Il ne pouvait finir autrement, après ses 12 étapes d’une errance sans véritable lien narratif entre elles, qu’ainsi interrompu simplement par manque de sol où errer encore. Le voyage est arrêté par la mer et le dialogue se perd dans le sourire d’une muette.

 

Les 400 Coups, François Truffaut, 1959

 
Les 400 Coups est le film phare de THE Nouvelle Vague, celle développée à la même époque de l’autre côté des Alpes, c’est aussi l’un des plus beaux films sur l’enfance. La volonté du réalisateur, dont c’est là le premier long métrage, est claire : le personnage d’Antoine s’enfuit et court tant qu’il peut vers l’inaccessible, tant qu’il reste un sol sous ses pieds, puis il se retourne, comme un fauve pris au piège, et fait face à la caméra. Est-ce le début d’une tout autre vie ou celui d’une rébellion plus déterminée encore ?

 

One + One, Jean-Luc Godard, 1968

 
One + One est un documentaire tourné à Londres par Godard et mettant en parallèle, pour ne pas dire en opposition, les répétitions des Rolling Stones pour la création de Sympathy for the Devil et différents élans révolutionnaires, dont celui des Black Panthers. Le film n’est pas toujours très léger : il est articulé autour d’un personnage féminin nommé Eve Democracy qui sera finalement, sur la plage, sacrifiée sur l’autel du cinéma entre un drapeau communiste et un autre anarchiste et conduite au ciel par une grue de caméra… et non par un effort de subtilité. Néanmoins, le film est une mine d’inventions formelles toutes plus remarquables les unes que les autres.

 

Sonatine, Takeshi Kitano 1993

 
Dans Sonatine, quatrième film de Kitano, réalisateur d’abord connu au Japon comme comique de télévision. Il interprète le rôle principal, celui de Murakawa, bras droit du chef yakuza Kitakima, qui est appelé d’urgence afin de venir en aide au clan Nakamatsu en guerre contre Anan, un clan rival à Okinawa. Murakawa et ses hommes partent pour l’île du sud du Japon où ils sont accueillis par les armes. Murakawa s’isole alors en bord de mer en attendant que les choses se calment. Beaucoup de scènes ainsi se déroulent lentement sur la plage et le ton de plus en plus devient poétique. Dans la scène qui suit, les hommes de Murakawa se distraient en imitant le rituel des combats Sumo.

 

Planets of the Apes, Franklin Schaffner, 1968

 
Difficile de parler d’épilogue et de plage sans citer la scène finale de la première adaptation de Planet of the Apes (La Planète des singes) de Franklin Schaffner, avec Charlton Heston dans le rôle de l’astronaute George Taylor, dont le combat depuis le début consiste à s’en retourner d’où il vient, sans savoir qu’il s’y trouve déjà : la Terre et New York. On ne peut pas rester sans compassion devant le gros coup de mou final du personnage face au peu de chance qu’il se découvre de retrouver un jour son statut d’homme blanc libre de pas loin de cinquante ans (ni de se refaire un bon restau sur la 9th Avenue).

Travaux étudiants

Sarah
SAIDI

>> Campus Issa Samb
>> Classe S
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"Monstre"